Sylvain Prudhomme


Légende

Roman - éd. Gallimard / Collection L'arbalète - 20 euros


La Crau, désert de pierres aux portes d'Arles. Pays ras, pays nu, abandonné au mistral et aux brebis. C'est là que vivent Nel et Matt, l'un, fils et petit-fils de bergers, aujourd'hui photographe, l'autre, constructeur de toilettes sèches publiques, réalisateur à ses heures perdues.

Entre eux une amitié forte, belle. Jusqu'au jour où, travaillant à un nouveau film, Matt s'intéresse à la vie de deux cousins de Nel aujourd'hui disparus. Deux frères maudits, qui ont traversé comme des comètes ces mêmes paysages, se consumant à toute allure, en pleines années 1980.

Allers-retours à Madagascar, adolescence sans parents, fêtes, violence, liberté, insouciance : la trajectoire des deux frères, aussi brève qu'intense, se recompose peu à peu. Échos et correspondances se tissent entre passé et présent, renvoyant Matt et Nel à leurs propres choix, nous interrogeant, à notre tour, sur notre place dans le monde.



Mehdi Charef

Le harki de Meriem

Nouvelle édition. Première parution : Mercure de France, 1989

Avant-propos de Marie Hermann

Roman - éd. Agone - 14 euros


Il avait honte de revenir dans cet état, sous son lourd manteau et son képi. Il avait fondu, il allait le dos courbé à petits pas. Je n’ai même pas pu lui laver les pieds : ils étaient blessés et pansés. Le fusil encore sur l’épaule, voilà comme il est revenu ! Quand ils n’ont plus eu besoin de lui ils l’ont laissé partir sans soins. Son ventre était tailladé par les coups de baïonnette et les pansements secs avaient épousé les plaies. De gros trous dans le ventre et des cicatrices jusqu’au cou. Nuit et jour que je l’ai soigné ! Je l’ai emmené en pèlerinage à Sidi Ali, je l’ai lavé au hammam Boughrara. Rien n’y a fait. Il est mort de ses blessures. Je le vois encore caressant le museau du chien et se forçant à sourire pour me rassurer. Avant de mourir, il m’a dit : « J’ai tué des hommes. Puis, avant de tourner la tête : Ils avaient aussi peur que moi ! »

Son beau-père, Algérien enrôlé par la France dans la Seconde Guerre mondiale, n’a jamais figuré sur aucun monument aux morts. Son mari, devenu harki pour échapper à la misère imposée par le système colonial français, appellera toute sa vie l’opprobre de ceux qui n’auront eu le courage ni de le combattre ni de l’imiter. Son fils, né après un passage en cité de transit dans le sud de la France et promis à des études de droit, meurt sous les coups d’extrémistes de droite outrés qu’un bicot puisse détenir la même nationalité qu’eux. La vie de Meriem, qui a épousé Azzedine alors qu’elle portait les stigmates de la femme répudiée, contient toutes les injustices de l’histoire franco-algérienne. Mais c’est aussi elle – et les souvenirs qu’elle leur laissera – qui encouragera ses enfants, puis ses petits-enfants, à revendiquer en Algérie et en France le respect et la dignité que sa génération n’aura jamais obtenus.

Né en Algérie en 1952, romancier, scénariste et cinéaste, Mehdi Charef a connu les cités de transit, les bidonvilles et l’usine avant de publier quatre livres et de réaliser onze films.


Paolo Cognetti
Le Garçon sauvage. Carnet de montagne
Traduit de l'italien par Anita Rochedy
Roman - éd. Zoé - 15 euros

Le Garçon sauvage est l'histoire d'un garçon de la ville qui ne se sentait bien qu'à la montagne mais n'y avait pas remis les pieds depuis dix ans. A 30 ans, après un mauvais hiver qui le laisse à bout de forces "comme quand une entreprise en laquelle tu as cru échoue misérablement", il décide de tenter une expérience de solitude et s'installe pour un temps indéfini dans les hauteurs de la Vallée d'Aoste. Là, il redécouvre le bonheur de marcher sur le fil des crêtes, suspendu entre l'enfance et l'âge adulte. L'occasion pour lui de se lancer des défis de tous ordres, de réaliser désirs ou fantasmes, et d'essuyer des tempêtes autant intérieures qu'extérieures. Marchant sur les pas de ses maîtres, il apprendra à fendre du bois, à allumer un feu en plein orage, à cultiver un jardin à moitié sauvage, à cuisiner les herbes de montagne... mais aussi à se perdre et à affronter ses peurs.


Niccolo Ammaniti
Et je t'emmène
Traduit de l'italien par Myriem Bouzaher
Roman - éd. Robert Laffont / Collection Pavillons poche - 11,5 euros

Ischiano, un patelin de Toscane, de nos jours. Pietro sort à peine de l'enfance et déjà l'amour et la violence du monde lui tombent dessus. Entre des parents absents et des camarades de classe jaloux de son amitié avec la belle Gloria, fille de banquier et collégienne décomplexée, il n'a qu'une hâte : échapper au destin de berger que son père a prévu pour lui. Graziano, lui, est né à Ischiano il y a maintenant quarante-quatre ans. Play-boy désenchanté, faux dur au coeur d'artichaut, ce fan des Gipsy Kings rentre au pays après des années de vie dissolue dans les clubs de Rome. Alors que tout les oppose, Flora, professeur au collège du village, femme fragile et introvertie, va tomber amoureuse de lui.
L'amour peut-il exister dans ce monde terne dominé par la trivialité ? Dans la chaleur, les moustiques et les tempêtes de pluie de Toscane, la fatalité pourrait avoir raison de tous.


Stewart O'Nan
Derniers feux sur Sunset
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marc Amfreville
Roman - éd. de l'Olivier - 23 euros

Nous sommes en 1937, et tout va mal pour Francis Scott Fitzgerald. Il est ruiné, miné par l’alcool, en panne d’inspiration, et Zelda, l’amour de sa vie, est internée dans un asile. Elle est loin l’époque où leur couple défrayait la chronique. L’Âge du Jazz est terminé, avec ses fêtes, son glamour, ses extravagances. Répondant à une proposition de la Metro Goldwyn Mayer, Fitzgerald joue sa dernière carte et débarque à Hollywood comme scénariste. Ses collègues se nomment Dorothy Parker, Ernest Hemingway, Humphrey Bogart. Dans une soirée, il croise la ravissante Sheilah Graham, une journaliste mondaine dont il tombe follement amoureux. Il se remet à écrire, s’efforce de ne plus boire, rend visite à Zelda avec sa fille Scottie.

Mais comment continuer à vivre quand le monde semble s’effriter autour de soi ? « Toute vie est un processus de démolition », avait-il écrit dans La Fêlure (1936). Quelques années plus tard, cette phrase sonne comme un avertissement du destin.

Avec grâce et subtilité, Stewart O’Nan trace le portrait romanesque du plus attachant – parce que le plus fragile – des écrivains de la « Génération perdue » inventée jadis par Gertrude Stein.


Nicolas Nemiri et Romain Slocombe
Le Chat d'Enoshima
Jeunesse - éd. Le petit lézard - 18 euros

Le chat Haru de la petite Tomomi s’est égaré peu de temps après la mystérieuse disparition de son père. Tomomi partira à sa recherche dans tout Tokyo avant de découvrir le terrible secret de son père.
Dans l'esprit des romans noir qui ont fait sa notoriété, Romain Slocombe, grand spécialiste du japon contemporain, nous emmène sur les pas de la petite fille Tomomi et de son chat Haru qui s’est égaré peu de temps après la mystérieuse disparition du père de la petite. Avec pour décors romanesque la baie d'Enoshima près de Kamakura et de Tokyo, l’ouvrage magnifiquement illustré en cinémascope par Nicolas Nemiri, un autre passionné du japon bien connu des amateurs de BD et qui signe ici son premier livre jeunesse, ravira les plus jeunes comme les amoureux du pays du soleil levant.


Béatrice Fontanel et Alexandra Huard
Je suis la méduse
Jeunesse - éd. Les fourmis rouges - 17,90 euros

Une jeune méduse se raconte. Elle croise un jour la route d’une petite fille, qu’elle pique malencontreusement. Le père sort la méduse de l’eau et la laisse échouée sur le sable. À l’agonie, la jeune méduse sera sauvée in extremis par la petite fille, qui la rejettera à la mer. Devenue une méduse adulte, elle retrouvera l’enfant devenue jeune fille et la reconnaîtra grâce à la cicatrice laissée sur son poignet par la piqûre. Elle entamera alors pour elle une sublime et silencieuse danse sous-marine.
Béatrice Fontanel navigue entre documentaire et fiction, et sa méduse, aussi fascinante qu’effrayante, prend vie dans ce conte écologique et poétique. Alexandra Huard, soucieuse du détail jusqu’à l’extrême, illustre à merveille le paradoxe de cet animal repoussant lorsqu’il est hors de son élément, et gracieux et lumineux dans l’eau.   


Nylso
Gros ours et petit lapin
Bande dessinée - éd. Misma - 20 euros

Petit lapin est vif, loquace, provocateur, égoïste et cupide. Il se prend pour un génie, mais détale comme un lièvre dès qu’il s’agit de sauver sa peau. Gros ours, lui, est un ours bien léché, posé, pas très bavard et peu sûr de lui. Imperturbable, il peut arpenter la forêt pendant de longues heures à la recherche d’un peu miel.
Les deux animaux que tout oppose sont seuls au monde, échoués dans une nature affranchie de toute civilisation. Alors ils n’ont rien de mieux à faire que de se promener dans les bois, pêcher, se baigner dans les ruisseaux, lézarder au soleil... et philosopher !
Les saisons passent, ponctuées de pensées et de grandes réflexions sur le sens de la vie.
Le lapin se prend pour un ours et l’ours voudrait bien devenir un lapin, et sans s’en rendre compte tous deux marchent main dans la main sur le chemin de la vérité.
Les duos « petits/gros » ont toujours amusé, mais au delà de la simple apparence comique, Nylso apporte une profondeur rare au genre.
Les scènes de dialogues drôles et touchantes entre les deux acolytes sont entrecoupées de pauses contemplatives qui laissent place à la poésie des paysages. Toute la nature se met alors à vibrer avec le dessin de Nylso : on peut sentir l’herbe caressée par le vent, les feuilles des arbres qui frétillent, on entend les branches qui craquent, la terre qui respire.
Et cette nature, belle et imposante, est là pour mettre nos deux compagnons de route face à une angoisse universelle : la peur de la solitude.
Plus qu’un conte sur l’amitié, Gros ours et petit lapin est une grande fable philosophique.


Karl Kerschl
L'abominable Charles Christopher. Tome 1
Préface de Régis Loisel
Bande dessinée - éd. Studio Lounak - 19,95 euros

Charles Christopher est une sorte de yéti un peu naïf. Il habite en pleine forêt. Aujourd’hui, il pleut et il court s’abriter. Un oiseau passe par là et discute avec lui. Il l’informe que Vivol organise une fête pour le soir-même. La pluie est terminée. Charles a faim. Il jette son dévolu sur un nid d’abeilles. Ni une, ni deux, une abeille le pique sur le front. Charles court se plonger la tête dans l’eau pour atténuer l’effet de la piqûre. Après cet épisode douloureux, Charles croise un lapin qu’il sauve d’un piège à loup. Il prend sous son aile le lapin qui s’endort dans ses bras Pendant ce temps-là, les autres animaux se préparent pour aller à la fête. Vivol, le grand ours prend la parole devant les animaux de la forêt. Il les informe qu’avec le changement de saison, un danger terrible menace la forêt.
Dans la préface, Régis Loisel invite à découvrir ce livre "frais, simple et poétique à souhait !", servi par le dessin "charnu et réaliste" de Karl Kerschl, "en parfaite adéquation avec la simplicité ses histoires".


Maroussia Vossen
Chris Marker (le livre impossible)
Témoignage/Cinéma - éd. Le Tripode - 16 euros

«  Ce texte n’est ni un roman, ni un essai ; encore moins une biographie. C’est le récit fragmentaire de mon lien à Chris Marker, de ma naissance à sa mort. »
L’un est un cinéaste mythique, l’autre sa fille d’adoption. L’un a fait de sa vie un mystère, l’autre en a été le témoin.
Avec justesse et humilité, Maroussia Vossen fait le récit sobre d’une filiation peu banale et révèle le portrait d’un artiste hors du commun, qui s’évertua jusqu’à sa mort à demeurer une énigme.
Artiste et écrivain, Chris Marker est notamment l’auteur d’un film culte, La Jetée, également disponible dans un format livre (éd. Kargo/L'Eclat, 2008).




Richard Wagamese

Les étoiles s'éteignent à l'aube

Traduit de l'anglais (Canada) par Christine Raguet

Roman - éd. Zoé - 20 euros


Lorsque Franklin Starlight, âgé de seize ans, est appelé au chevet de son père Eldon, il découvre un homme détruit par des années d’alcoolisme. Eldon sent sa fin proche et demande à son fils de l’accompagner jusqu’à la montagne pour y être enterré comme un guerrier. S’ensuit un rude voyage à travers l’arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie britannique, mais aussi un saisissant périple à la rencontre du passé et des origines indiennes des deux hommes. Eldon raconte à Frank les moments sombres de sa vie aussi bien que les périodes de joie et d’espoir, et lui parle des sacrifices qu’il a concédés au nom de l’amour. Il fait ainsi découvrir à son fils un monde que le garçon n’avait jamais vu, une histoire qu’il n’avait jamais entendue.

Richard Wagamese, né en 1955 en Ontario, est l’un des principaux écrivains indigènes canadiens. En activité depuis 1979, il a exercé comme journaliste et producteur pour la radio et la télévision, et est l’auteur de treize livres publiés en anglais par les principaux éditeurs du Canada anglophone. Wagamese appartient à la nation amérindienne ojibwé, originaire du nord-ouest de l’Ontario, et est devenu en 1991 le premier indigène canadien à gagner un prix de journalisme national. Depuis lors, il est régulièrement récompensé pour ses travaux journalistiques et littéraires.

Les Etoiles s'éteignent à l'aube (titre anglais : Medicine Walk) est son premier roman traduit en français. Wagamese a par ailleurs été traduit en allemand et en hollandais.



Levi

Les Mots sont des pierres

Ed. Nous – 170 pages – 18 euros


Carlo Levi (1902-1975), l’auteur du Christ s’est arrêté à Eboli, l’un des écrivains les plus importants de l’Italie du 20e siècle, est encore peu traduit en France. Les mots sont des pierres — autre œuvre majeure, inédite (prix Viareggio 1955) — est « le récit de trois voyages en Sicile et des faits de là-bas, tels qu’ils peuvent apparaître à l’œil attentif d’un voyageur sans préjugés ». C’est un témoignage puissant sur la Sicile, ses villes et sa géographie, mais plus encore sur la vie de son peuple, sa culture, ses luttes. Il marque le lecteur par l’urgence de son rythme, l’acuité de sa phrase et la bonté de son regard.

On sentait une tension dans l’air, une passion collective, comme si tous ces gens à l’activité mystérieuse étaient mus par des raisons profondes, importantes, attendaient des événements graves et décisifs qui rendaient tous les visages éveillés et attentifs. Ce n’était pas un après-midi comme les autres dans un village rural : c’était un jour d’attente dans une ville en pleine guerre civile. Il y avait la grève : la première, de mémoire d’homme ; la vie de chacun y était engagée. J’étais là pour visiter en simple curieux une vieille mine de soufre, dans un des mille villages de la fixité paysanne ; et je me retrouvai dans un lieu vivant, en plein mouvement, en plein changement, où toutes les émotions sont nouvelles, les actes passionnés, les volontés tendues, violentes, où un sentiment inexistant jusque-là naît dans le cœur des hommes.

L’été s’abat sur la Sicile comme un faucon jaune sur l’étendue jaune des terres couvertes de chaumes. La lumière se multiplie dans une explosion continue, elle semble ouvrir, révéler les formes étranges des monts et rendre très durs, compacts, le ciel, la terre et la mer, mur ininterrompu de métal coloré. Sous le poids infini de cette lumière, hommes et animaux se déplacent en silence, acteurs d’un drame ancien dont le texte ne parvient pas à nos oreilles : mais leurs gestes suspendus dans l’air radieux sont comme des voix changeantes et pétrifiées, comme des troncs de figuiers de Barbarie, des branches tortes d’olivier, des pierres monstrueuses, de noires cavernes sans fond.



Helen Oyeyemi

Boy, Snow, Bird

Traduit de l'anglais par Guillaume Villeneuve

Ed. Galaade – 308 pages – 24 euros


"Mieux que Toni Morrison !"

New York, 1950, elle a vingt ans quand elle fuit un père qui la maltraite. Elle s’appelle Boy Novak. Arrivée dans une petite ville du Massachusetts, elle fait la connaissance d’Arturo Whitman, qui vit avec son étrange petite fille, Snow. Boy épouse Arturo. Tout semble aller bien, jusqu’au jour où ils mettent au monde leur fille, Bird, un très beau bébé « de couleur ». Ainsi la naissance de Bird met-elle au jour les origines afro-américaines des membres de la famille Whitman, jusqu’alors passées inaperçues à cause de la blancheur de leur peau. Une belle-mère, une jeune Snow, des miroirs, tous les éléments sont dès lors réunis pour une habile réécriture d’un conte bien connu.

Avec Boy, Snow, Bird, Helen Oyeyemi braque le projecteur sur les absurdités qui ont accompagné l’histoire raciale aux États-Unis. Avec habileté, elle soulève la question de ce qui nous identifie : couleur, gène, histoire, culture ?

Née en 1984, Helen Oyeyemi a grandi à Londres et vit aujourd'hui à Prague. Jeune auteur prodige, elle a écrit son premier livre à dix-neuf ans. Le blanc va aux sorcières, son troisième roman, ainsi que Mister Fox, son quatrième roman, ont paru aux éditions Galaade en 2011 et 2013.

« Helen Oyeyemi est une écrivaine hors-normes. Âgée d'à peine trente ans, elle porte un regard sur le monde d'hier et d'aujourd'hui d'une grande maturité. BOY, SNOW, BIRD est un somptueux roman de femmes, de filiation, un roman vertigineux sur le reflet que nous nous renvoyons les unes aux autres, mais aussi celui que nous nous renvoyons à nous-mêmes. » – Transfuge





Sébastien Vassant
Politique qualité
Sur une idée originale de Kris
Bande dessinée - éd. Futuropolis - 23 euros

Le 30 septembre 2015, l’usine de matériel électronique Jabil, à Brest, fermait définitivement ses portes. Politique qualité revient sur les années de lutte qui ont parsemé ce site au travers du parcours de cinq ouvrières licenciées ou retraitées. Au hasard des rencontres et des manifestations, elles se sont retrouvées à écrire et à jouer cette pièce de théâtre, inspirée de leur vraie vie.

Sébastien Vassant les a suivies, écoutées, regardées. Ce parcours humain étonnant, il le révèle tout en justesse. Allant à la rencontre de ces femmes, qu’elles soient mères de famille, amantes, militantes et même tous ces rôles d’une vie à la fois, elles sont devenues porte-parole d’une population qui ne l’a pas souvent. On découvre des femmes uniques, habitées, qui transcendent leurs espoirs et leurs déceptions par l’apprentissage de la comédie ; du pouvoir salvateur de l’art, de la parole et du collectif. « Pour le pouvoir économique, elles ne s’appellent ni Yvonne, ni Marine, ni Jeannine, ou Hélène. Non, elles s’appellent toutes… le Facteur humain ».


Plus d'infos sur le site du Théâtre du grain : http://www.theatredugrain.com/Sortie-de-la-BD-Politique-Qualite.html




Jonathan Evison
Les fondamentaux de l'aide à la personne revus et corrigés
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marie-Odile Fortier-Masek
Roman - éd. Monsieur Toussaint Louverture - 20 euros

Quand on fait de la fuite un mode de vie, il n’y a que deux questions qui comptent: Où se terrer? Et, plus ­important encore, avec qui?
Ex-père au foyer en plein divorce, hanté par un passé aussi lourd à porter que son nom, Benjamin Benjamin se retrouve du jour au lendemain en charge de Trev, un adolescent à l’imagination débridée cloué dans un fauteuil roulant, il plonge tête la première dans les joies du soin à domicile.
La réunion de ces deux êtres cabossés par l’existence, commentateurs assermentés des formes de Miss Météo, passionnés de musée de la Mortadelle et de dahus empaillés, ne pouvait les mener qu’à une seule chose: envoyer un jour ou l’autre tout balader. Préférant la route des grands espaces à la routine des petites galères, ils embarquent à bord d’un minibus, en quête des sites touristiques les plus saugrenus du pays. Sur le chemin, ils rencontreront Dot, jeune punkette révoltée, Peaches et son doux sourire, Elton et son idée de génie, mais aussi un espion, un yéti et une marmotte sodomite.
Avec Les Fondamentaux de l’aide à la personne revus et corrigés, Jonathan Evison a façonné un récit drôle et doux-amer, qui ne se laisse aller ni à la condescendance ni à l’apitoiement. Un roman qui examine avec attention ce que cela coûte et ce que cela apporte de prendre soin des autres. Débordant d’émotions, ce livre nous montre d’une façon désarmante comment tout accepter de la vie, ses moments les plus terribles comme ses instants les plus lumineux.


Joseph O'Connor
Maintenant ou jamais
Traduit de l'angalis (Irlande) par Carine Chichereau
Roman - éd. Phébus - 23 euros

Robbie et Fran se rencontrent au début des années 80 dans les couloirs d’une université de la périphérie londonienne. De leur amitié naît l’idée d’un groupe que rejoignent rapidement les jumeaux Seán et Trez, The Ships in the Night. Portés par les excentricités de Fran, un tube planétaire et une tournée mythique en 1986, leur trajectoire météorique marquera l’histoire de la musique populaire de la décennie.
Trente ans plus tard, quinquagénaire rincé par la vie, Robbie tente d’écrire ses mémoires. Récit ironique et fiévreux, Maintenant ou jamais célèbre l’insouciance de la jeunesse, les amitiés perdues pour toujours… Avant qu’un soir de 2012 à Dublin, The Ships in the Night ne remontent sur scène…
« Maintenant ou jamais est un roman jubilatoire sur la création artistique qui se bâtit quotidiennement et ne s’habille pas seulement de paillettes. On y entend les riffs de guitare, les scintillements des cordes, les audaces vocales. » Christine Ferniot. Lire.


Etienne Chaize
Helios
Bande dessinée - éd. 2024 - 23 euros

Un soir lointain, le soleil fige sa course et se pose sur l'horizon. Plongé dans un crépuscule sans fin, le Royaume décline et désespère.
Un jour, un voyageur se présente à la Cour ; il persuade le Roi d'aller jusqu'au Soleil pour le prier de reprendre son cycle. Alors, le Roi se met en route, à la tête d'une longue procession. Page après page, ils se heurtent à des obstacles qui réduisent le nombre des pénitents, et seuls sept d'entre eux atteindront finalement le sommet où repose Helios...
Le Quattrocento a offert au monde Jérôme Bosch. Les années 90 et le logiciel Photoshop ont enfanté Étienne Chaize, déjà coloriste et chef-décorateur du détonnant Quasar contre Pulsar, paru en 2014 aux éditions 2024.
En puisant ses références dans des domaines très variés (jeu vidéo, Issey Miyake, Hokusai, Nicolas Ledoux...), notre alchimiste vient tisser avec délicatesse un monde fantastique. Dans la cohorte des personnages qui affrontent mille dangers d'un monde à l'autre retentit l'écho de mythes tels que l'Odyssée ou la Conférence des Oiseaux.
Helios est un monde fourmillant de vie qui enchante et étonne à chaque page !


Craig Thompson
Space boulettes
Traduit (Anglais) par Isabelle Guillaume, Laëtitia Vivien, Fédéric Vivien
Bande dessinée/Jeunesse - éd. Casterman - 24,95 euros

Lorsque son père disparaît sans donner de nouvelles, Violette se lance immédiatement à sa recherche à travers l'Univers, accompagnée de deux amis un peu « spatiaux »...
Baleines de l'espace, gang de motards interstellaires, stations orbitales de luxe... Une grande odyssée galactique par l'auteur de Blankets et Habibi !



Reliefs n° 2
Tropiques
Revue - 19 euros

Le numéro 2 de Reliefs vous emmène entre le tropique du Cancer et le tropique du Capricorne. Des mystérieuses et périlleuses forêts amazoniennes aux coraux des eaux du Pacifique Reliefs déploie toute la richesse des tropiques et présente les questionnements scientifiques qu'ils suscitent.
Reliefs est la première revue dédiée aux grands voyageurs, explorateurs et aventuriers, d'hier comme de demain. Au carrefour des sciences et des lettres, de l'aventure et de la géographie, chaque numéro est porté par une thématique qui permet de faire le point sur un sujet. Le deuxième numéro de Reliefs entraîne ainsi le lecteur dans le monde des Tropiques. "Enfer vert" ou lieu de ravissement, Reliefs revient sur l'imaginaire des tropiques et explore les problématiques qui lui sont liées.

Savamment documenté, Reliefs prend non seulement appui sur des archives rares mais offre également le point de vue de témoins importants de notre monde contemporain (écrivains, scientifiques, cinéastes, photographes, philosophes, etc.).


Renaud Cerqueux

Un peu plus bas vers la terre

Le Dilettante - 224 pages - 17 euros


Les cinq nouvelles de ce recueil se penchent sur la condition du terrien au début du XXIe siècle, entre culte de l’identité, servitude volontaire, chaos, tyrannie de la technique et quête d’idéal dans un monde dont l’absurdité affleure un peu plus à chaque ligne.
« L’homme, je n’apprends rien à personne, descend du singe. Ce qui ne plaît guère à l’homme qui se venge en les descendant, les singes, ou, à défaut, en les astreignant à des rôles humiliants, des postures grotesques telle celle d’astronaute amateur. Ce fut le cas d’Enos, l’un d’entre eux, envoyé durant les années guerre froide, tester dans l’espace la technologie extraterrestre américaine. Ce que devint Enos ? Rien, épars dans la fosse commune dévolue aux singes spatiaux. »

Renaud Cerqueux est écrivain et traducteur, il vit à Brest. Egalement auteur de deux bandes dessinées réalisées avec le dessinateur David Cren, Un peu plus bas vers la terre est son premier recueil de nouvelles.



Et aussi : Le dernier livre de Jean Echenoz, Envoyée spéciale (Minuit), En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut (Finitude), Cumbe (Cà et là), L'échelle de Jacob (Picquier), Zaï Zaï Zaï Zaï (6 pieds sous terre),...



Gazmend Kapllani

La Dernière page

Roman - éd. Intervalles - 15 euros


Dans La Dernière Page, à travers l’évocation d’un fils venu enterrer son père à Tirana, dans une Albanie proche du chaos, Gazmend Kapllani reconstitue l’histoire d’une famille dont la judéité cachée a jonché de secrets les destins de tous ses membres. Il met en scène deux hommes qui se sont ignorés, orphelins de leurs origines, et qui pourtant ont traversé, chacun à sa manière, un siècle mouvementé grâce à leur commune passion des livres et des langues. Il rapproche la déchéance de ces pères bousculés par l’Histoire à celle de l’Albanie pendant et après le communisme. Mais Kapllani met surtout en lumière la dérive de l’Albanie, écartelée entre l’enfer du régime d’Enver Hodja et son délitement actuel, avec le déferlement des poussées nationalistes.

La Dernière Page est un roman pessimiste, lucide, profond, où Kapllani illustre à travers des personnages vibrants d’humanité une détermination parfois désespérée à se construire une identité au-delà des frontières et des bannissements, une identité qui peut s’étayer sur l’amour des livres et des langues. Car « une langue n’appartient à personne », écrivait Kapllani dans Je m’appelle Europe.



Minetarô Mochizuki

Chiisakobé

Bande dessinée - éd. Le Lézard noir - 15 euros


"L’histoire de Chiisakobé suit le quotidien d’un maître-charpentier Shigeji qui tente de relancer la société familiale à la seule force de son abnégation, après l’incendie qui a ravagé l’entreprise et entraîné la mort de ses parents. (…) De la catastrophe dépeinte dans Chiisakobé, on ne verra quasiment rien si ce n’est quelques décombres fumeux puis un terrain vague, l’auteur prenant le point de départ de la tragédie pour conter un récit où la reconstruction complexe de l’entreprise marque des étapes vers la résilience du héros principal, Shigeji. Personnage mystérieux et mutique, celui-ci arbore les cheveux longs et une barbe fournie qui lui mangent presque entièrement le visage, un look improbable et loufoque comme un masque, ou plutôt une barrière le séparant du monde qui l’entoure. Le mangaka nous le présente d’une façon curieuse dès les premières pages, couché sur un banc quasi prostré dans une position fœtale, tel un clochard céleste. (…) De fait, Shigeji apparaît un être renfermé qui n’évoque jamais le drame ou sa souffrance intérieure. Peu à peu, celui-ci va apprendre à s’ouvrir aux autres et le sens des responsabilités aux contacts de deux jeunes femmes de sa connaissance Ritsu et Yoko, et d’un groupe de cinq orphelins dont le centre d’accueil a brûlé et qui vont trouver refuge sous son toit." Blog de Mangarte (www.arte.tv)


Bill Cardoso

KO à la 8e reprise

Témoignage - éd. Allia - 7,50 euros


Zaïre, 1974. Le pays entier est en ébullition. Se prépare le match devenu­ légendaire opposant Mohammed Ali et George Foreman pour le titre de champion du monde poids lourds de boxe anglaise. Le combat doit se tenir le 25 septembre dans le stade Tata-Raphaël à Kinshasa. Le pays est alors sous la dictature de Joseph-Désiré Mobutu, le même qui promet 5 millions de dollars au vainqueur. Envoyé par le New Times pour couvrir le match, finalement reporté un mois plus tard, Bill Cardoso fut contraint de demeurer cinquante jours et cinquante nuits dans le pays, cinquante jours et cinquante nuits pour le moins rocambolesques. S'il est acculé au ring, comme des milliers de journalistes venus des quatre coins du monde qu'il égratigne au passage, c'est aux coulisses qu'il s'intéresse surtout. Et elles sont à la fois sales et magnifiques. Cardoso part à la rencontre des gens : pygmées et autres parachutistes, en passant par Big Black, joueur de conga espérant influer sur la cadence de Mohammed Ali. Il fait la connaissance d'un cobra, se voit offrir une peau de python, se fait voler son billet de retour. Il écume les bars, boit jusqu'à plus soif en compagnie d'un ami de circonstance, Cassius Clay Père, et consomme à qui mieux mieux la ganja congolaise. À l'issue de moult aventures, et après avoir perdu une dent, Cardoso finit par se croire victime du vaudou. C'est de bout en bout drôle, grinçant, jouissif.


Ugo Mulas

La photographie

Photographie - éd. Le Point du jour - 39 euros


La Photographie est la version française du dernier livre du grand photographe italien Ugo Mulas (1928-1973) publié peu après sa mort. Sous un titre apparemment anodin, ce livre constitue en fait une oeuvre unique. A travers de brèves séquences d'images introduites par des textes écrits à la première personne, Mulas y parcourt l'art de son temps et fait le portrait des artistes qu'il a côtoyés. Mais outre sa valeur documentaire, cet ensemble possède également une forte dimension autobiographique et spéculative. Représentant les oeuvres dans l'espace et en présence de leurs auteurs, bien souvent au travail, Mulas est conduit à s'interroger sur sa propre pratique, au croisement de la photographie et l'art.

Ugo Mulas est sans doute le plus grand photographe italien du XXe siècle. Le Centre Pompidou lui a consacré un colloque en 2011 à l'occasion de l'acquisition de sa série Vérifications, qui a été récemment présentée dans l'exposition « Qu'est-ce que la photographie ? » au Centre Pompidou. Néanmoins, son oeuvre n'avait jusqu'à maintenant pas fait l'objet d'exposition ou de livre personnels en France. La publication de La Photographie, dont la première édition italienne est bien connue des amateurs, sera l'occasion d'une découverte. Elle sera accompagnée d'une exposition en collaboration avec les Archives Mulas (Milan) : au Point du Jour, du 18 octobre 2015 au 3 janvier 2016 ; à la Fondation Henri Cartier-Bresson (Paris), en janvier-mars 2016.






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Samedi 23 septembre
Foire Saint-Michel
Locaux disponibles : exposition des photographies de Michel Poulain


Exposition des photographies de Michel Poulain, et signature du livre Locaux disponibles (éd. La Petite librairie), à l'occasion de la foire Saint Michel.

Retrouvez la Petite librairie avec une sélection de livres bradés, en compagnie de la librairie Excalibulle, des éditions Sixto et de la revue Casier(s), dans le jardin Kennedy (village des associations).




Vendredi 30 septembre à 14 h
Rencontre à la librairie
Paul Ariès : Une histoire politique de l'alimentation


Présentation par Paul Ariès de son livre, et discussion : Une histoire politique de l’alimentation. Du paléolithique à nos jours (éd. Max Milo)

Pourquoi l’alimentation est à l’origine des biens communs de l’humanité ? Comment les puissants, avec les rituels de la table et les politiques alimentaires, sont parvenus à construire l’(in)égalité des humains ? Qui, après avoir imposé au peuple de manger du pain, a voulu lui interdire les châtaignes et généraliser la pomme de terre ?

Au-delà des histoires sociale, religieuse, culturelle, de l’alimentation, l’auteur retrace son histoire politique, jamais traitée à ce jour. Ce fabuleux livre de Paul Ariès, est le fruit de trente ans d’enseignement et de recherches.

Rédacteur en chef du mensuel Les Z’indigné(e)s, bien connu comme politologue spécialiste de l’écologie, mais aussi bon connaisseur des problématiques liées à la table et à l’alimentation, Paul Ariès enseigne depuis 1988 dans les plus grandes écoles internationales d’hôtellerie. Il est l’auteur de La Fin des mangeurs (Desclée de Brouwer), Les Fils de McDo (L’Harmattan), Le Goût (avec Gong Gang, Desclée de Brouwer), Manger sans peur (Golias). Il est également l’auteur de La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance (La Découverte).

Cette rencontre est proposée par le Parti de Gauche et Solidaires Douanes. Elle sera suivie d’une réunion publique, de 18h30 à 21h à la faculté Segalen.



Déjà passé

Mercredi 31 août à 19 h
Soirée lecture au Mouton à cinq pattes
A voix haute : "Voyages"

La comédienne Anaïs Cloarec a eu le désir de s’associer avec la Petite librairie et le Mouton à cinq pattes pour proposer des soirées autour de livres intitulées A voix haute. Tous les deux mois, deux comédiennes liront, d’après un thème choisi par les trois organisateur-rice-s, des extraits de romans, poésies, essais, bandes dessinées ou autres. Elles seront accompagnées par un invité d’une autre discipline artistique.

Cette deuxième soirée d'A voix haute sera consacrée aux voyages. Pour l’occasion, le dessinateur Michel Dilvit se joindra aux lectrices, Morgane Le Rest et Anaïs Cloarec.


Le Mouton à cinq pattes est un café culturel et solidaire installé place Guérin, 25 rue Navarin
Entrée prix libre






Zemmour superstar : il dit n'importe quoi... et tout le monde en parle ! par Henri Maler (Acrimed)
Biologiste (quand il réinvente l’existence des races humaines), anthropologue (quand il refonde sur la nature la suprématie menacée des mâles), statisticien (quand il affole sa calculette pour chiffrer l’immigration), historien (quand il disculpe le régime de Vichy), islamologue (quand il interprète à sa guise le Coran pour dénier aux musulmans la possibilité d’être français), mais aussi philosophe, politologue, économiste et sociologue, Éric Zemmour est un touche-à-tout omniscient.
> Lire la suite de l'article sur le site d'Acrimed


En attendant Nadeau : journal de la littérature et des arts
D'anciens membres de la rédaction de la Quinzaine littéraire, devenue La Nouvelle Quinzaine littéraire après la mort de Maurice Nadeau, ont créés en début d'année 2016 une nouvelle revue, diffusée en ligne mais également imprimable à la maison : En attendant Nadeau.
> En attendant Nadeau


"Fidèles à  leur  histoire  commune  autour  de Maurice Nadeau  – certains  ont  collaboré à la Quinzaine littéraire dès 1966  –,  et avec  le soutien  de  Gilles Nadeau, son  fils, les collaborateurs ont  décidé de  maintenir  vivant  leur désir  de   traiter   du   monde et   de  la   société   à   travers  la   recension d’ouvrages  de  littérature   et   de   sciences humaines.  Ils ont  donc entrepris de  lancer  un nouveau  journal,  en  ligne,  dont  le premier  numéro sera  publié le 13 janvier : En attendant Nadeau.
Pourquoi un nouveau journal littéraire ? Pourquoi
En attendant Nadeau ?
Parce  que nous  restons convaincus qu’il est  essentiel  de passer par  les livres pour  comprendre les enjeux  de notre  monde, essentiel de faire du  journal un  espace où  le  choix,  la  reconnaissance  de la  nouveauté,  la  liberté et la   confiance   ont  toute  leur  place. Parce  que  pour  répondre  à  l’afflux  d’information   et   de   prises  de  parole
directes,  immédiates et  souvent incontrôlées,  la  recension  permet  de  tenir  un  discours  indirect, transversal et réfléchi.
En attendant Nadeau est  un  titre qui  nomme  ce  qui fonde notre collectif. Il  porte cette mémoire  en  avant, il en fait une chance pour l’avenir."


Jean Echenoz : "L'intrigue est un mal nécessaire" Propos recueillis par Christophe Kantcheff (Politis, 7 janvier 2016)
> A lire sur le site des éditions de Minuit

Après une série de livres articulés autour de personnages réels ou d’événements historiques, Jean Echenoz raconte comment il est revenu au roman d’action, ancré dans notre époque.


Editions çà et là : bilan 2015
> A lire sur le blog de çà et là

Les éditions ça et là livrent sur leur blog leur bilan de l'année 2015. Instructif sur la façon dont fonctionne l'édition (et la librairie), à l'usage des néophytes et des amateurs. Pour améliorer le bilan de ça et là, rien de plus facile, achetez leurs livres, notamment l'excellent Tungstène, un polar peu commun, doté d'un suspens et d'un scénario surprenants, primé cette année à Angoulème, ou encore les livres de Derf Backderf - Mon ami Dahmer, Punk rock et mobiles home, ou Trashed, sorti l'an passé.

La dernière pépite de ça et là, sorti en janvier, est Cumbe : un livre noir et violent, d'une grande beauté graphique, racontant les rêves, les espoirs et les désespoirs d'esclaves dans des plantations de canne à sucre au Brésil à la fin du 17e siècle.


Hachette, le géant aux ailes brisées, de Jean-Yves Mollier
> A lire sur le site d'Acrimed

En contrepoint de son excellente histoire de l’édition française, Jean-Yves Mollier publie, cette fois aux Éditions de l’Atelier, une illustration de cette histoire dans une étude très documentée spécialement consacrée à Hachette. Mais s’il se penche sur le plus grand groupe d’édition français, qui fut « la principale industrie culturelle de 1830 aux années 1980 », ce n’est pas seulement parce qu’il illustre, jusqu’à la caricature et avec une remarquable continuité, les stratégies gagnantes du milieu très concurrentiel de l’édition. Aux yeux de Jean-Yves Mollier, l’échec du groupe Hachette face à Amazon est aussi le symptôme de la fin d’une époque, celle des grands éditeurs qui, depuis presque deux siècles, dominent le marché du livre.












Libertalia
Libertalia est une maison d'édition parisienne et montreuilloise d'expression libertaire créée en 2007. Le nom de la maison d'édition est un clin d'œil à l'utopie pirate Libertalia. Que ce soit sous forme d'essai, de pamphlet ou de récit littéraire, l'ensemble des livres publiés œuvre, d'une façon ou d'une autre, en faveur de l'émancipation.

Les principaux auteurs : Jack London, Daniel Defoe, Pau Lafargue, Gérard Mordillat,
Jean-Pierre Levaray, Sébastien Fontenelle, Claude Guillon,  John Holloway, Raoul Vaneigem, Daniel Guérin,...

Libertalia a coédité en 2015 Ma guerre d'Espagne à moi de Mika Etchebéhère, une femme qui dirigea une colonne du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) en 1936-1937. Cette édition, la plus complète, la plus soignée, la plus luxueuse, doit tout au travail conjoint des éditions Milena et des éditions Libertalia.

Libertalia publie dans la collection N'autre école - à l'origine une revue trimestrielle -, des textes réfléchissant à une autre façon d'enseigner.


> Entretien avec Nicolas Norrito, paru dans Article 11
> Site des éditions

        


William Gass

Le Tunnel


Traduction de l’anglais (Etats-Unis) par Claro

Editions Le Cherche Midi - Collection Lot 49 - 720 pages - 26 euros


William Frederick Kohler, le narrateur du Tunnel, est un historien reconnu qui vient d'achever la rédaction d'un énorme ouvrage intitulé Culpabilité et innocence dans l'Allemagne de Hitler. Mais, au moment d'en rédiger l'introduction, Kohler se met à écrire un tout autre texte, une tout autre histoire – la sienne.

Délaissant l'objectivité de son projet initial, Kohler raconte tour à tour son enfance malheureuse (un père sectaire et arthritique, une mère alcoolique), sa liaison avec Lou, sa passion pour la chanteuse Susu, ses vicissitudes d'enseignant, ses collègues... et le cauchemar conjugal qu'il vit avec son épouse Martha.

Craignant que cette dernière découvre ces pages intimes, Kohler les dissimule entre celles de son ouvrage historique. Dans le même temps, il entreprend la construction d'un tunnel dans le sous-sol de sa maison. Creuser et écrire se répondent alors, comme si Kohler pratiquait un trou dans le langage même, afin de lui arracher ses pires secrets.

À la fois méditation sur l'histoire et ceux qui l'écrivent, pastorale américaine et cauchemar non climatisé, Le Tunnel est une prodigieuse et terrifiante plongée dans la noirceur de l'humain, une tentative pour exposer au plein jour cette part maudite que Gass appelle « le fascisme du coeur ».


Christine Lavant

La Mal-née


Traduit de l'allemand (Autriche) par François Mathieu

Editions Lignes - 80 pages - 12 euros



Zitha – c’est ainsi qu’on l’appelle les rares fois qu’un nom lui est donné – est sans aucun doute une sœur de la pathétique héroïne de Das Kind, le premier des livres (et admirable) de Christine Lavant traduit en français (et publié par Lignes).

Elle est aussi une sœur de Christine Lavant elle-même, ce dont il n’y a pas lieu de s’étonner tant, chez elle, l’existence et la littérature sont indissociables, ce dont elle nous avait prévenus : « La véritable histoire de ma survie ou plutôt les images en miroir de moi-même, vous les trouverez plus ou moins mises en magie ou en poésie dans mes livres. »

La Mal-née, Zitha, est une bâtarde ; muette, tout le livre le dit ; demeurée, il le laisse longtemps imaginer. On ne la hait pas pour autant, on ne l’humilie pas (ou à peine plus que les enfants le sont souvent) ; elle est même aimée des petits et des grands que son monde minuscule mais inaccessible touche (un monde fait de joies furtives entre d’infinies désolations).

Qu’elle touche du moins jusqu’à ce que le prétendant de sa mère réactive auprès d’elle la vieille légende carinthienne des « changeons », monstres nés des amours des génies des eaux, et que ceux-ci échangent subrepticement à la naissance avec les enfants des hommes. De tels monstres, ne peut venir que le malheur, répand la légende. En réalité, si malheur il y a, c’est sur la Mal-née, sur le changeon que serait la Mal-née, qu’il va s’abattre. Elle doit être au moins battue (neuf fois), au pire noyée – ainsi que la légende l’exige pour que cesse la malédiction. En fait de malédiction, la seule réelle, celle qu’il va falloir à cet enfant endurer, cessera bien en effet, et avec sa mort, mais non sans que se superpose à l’archaïsme de la légende la réparation (la rédemption ?) due aux figures pures de l’innocence et de l’idiotie.

La Mal-née n’est pas moins admirable que Das Kind. Et le monde qu’il décrit, pas moins tragique. Mais la même étrange lumière baigne ces deux récits, qui ne doit rien au récit lui-même, désespéré, mais à la grâce – une grâce enfantine.

En 1988, Thomas Bernhard, écrivait, à propos des textes de Christine Lavant : « C’est le témoignage élémentaire d’un être abusé par tous les bons esprits, sous la forme d’une grande œuvre poétique que le monde n’a pas encore reconnue à sa juste valeur ». Christine Lavant, dont nous préparons l’édition des œuvres poétiques complètes, est en passe d’acquérir en France la stature majeure qui lui revient.


Leonardo Padura

L'homme qui aimait les chiens


Traduit de l'espagnol par René Solis et Elena Zayas

Editions Métailié - 672 pages - 24 euros / édition poche : 14 euros


En 2004, à la mort de sa femme, Iván, écrivain frustré et responsable d’un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait sur la plage deux lévriers barzoï. Après quelques conversations, « l’homme qui aimait les chiens » lui fait des confidences sur Ramón Mercader, l’assassin de Trotski qu’il semble connaître intimement.

Iván reconstruit les trajectoires de Lev Davidovich Bronstein, dit Trotski, et de Ramón Mercader, connu aussi comme Jacques Mornard, la façon dont ils sont devenus les acteurs de l’un des crimes les plus révélateurs du XXe siècle. A partir de l’exil de l’un et l’enfance de l’autre, de la Révolution russe à la Guerre d’Espagne, il suit ces deux itinéraires jusqu’à leur rencontre dramatique à Mexico. Ces deux histoires prennent tout leur sens lorsque Ivan y projette ses aventures privées et intellectuelles dans la Cuba contemporaine.

Dans une écriture puissante, Leonardo Padura, raconte, à travers ses personnages ambigus et convaincants, l’histoire des conséquences du mensonge idéologique et de sa force de destruction sur la grande utopie révolutionnaire du XXe siècle ainsi que ses retombées actuelles dans la vie des individus, en particulier à Cuba.

Un très grand roman cubain et universel.




Yannis Ritsos

Pierres Répétitions Grilles


Traduit du grec par Pascal Neveu - Préface de Bernard Nöel

Ypsilon éditeur - 272 pages - 25 euros



Le 21 avril 1967 en Grèce : coup d’Etat des Colonels. Yannis Ritsos est arrêté le matin même et conduit à la Sûreté puis à l’hippodrome de Phaliro où sont parqués les dix mille otages de la Junte. À la fin du mois, ils sont envoyés par navire militaire sur l’île de Yaros, un grand rocher sans arbre et sans eau, infesté de rats. Pierres.

En septembre, Ritsos est transféré sur l’île de Léros. « Là-bas, pendant nos interminables nuits, il écrivait sa grande poésie. Là-bas, il jetait des milliers de vers dans ses petits carnets », se souvient un de ses compagnons. Répétitions.

En août 1968, Ritsos, malade, est emmené sous escorte à Athènes, au centre anticancéreux. Quarante jours plus tard, il est de retour sur Léros. Fin octobre, il est transféré en résidence surveillée sur l’île de Samos, emportant avec lui les poèmes déjà écrits, cachés dans une valise à double fond. Aucun lien ni contact ne lui sont autorisés. Répétitions, Grilles.

En 1969, il parvient à envoyer clandestinement ses minuscules manuscrits à Paris.

Pierres Répétitions Grilles est traduit en français pour la première fois dans son intégralité, puisque 84 poèmes (17 pour Pierres, 48 pour Répétitions et 19 pour Grilles) manquaient à l’ensemble des 73 poèmes édités en 1971 par Gallimard, quand ils étaient « inédits encore dans leur propre langue ». Dans la préface, Aragon écrivait : « Je ne savais pas d’abord de lui qu’il était le plus grand poète vivant de ce temps qui est le nôtre. Je l’ai appris par étapes, d’un poème à l’autre, j’allais dire d’un secret à l’autre ».




Toby Litt

Un hôpital d'enfer


Traduit de l'anglais par Alain Defossé

Phébus - 496 pages - 24 euros


Bienvenue à l’hôpital ! Le doux bruit des pales de l’hélicoptère sanitaire qui se pose sur le toit est, pour ses occupants, le prélude à une hallucinante descente aux Enfers. Car il ne faut pas se fier aux apparences: si à première vue il paraît normal, cet établissement hospitalier se révèle être du genre à éviter. Ses couloirs sont hantés par des docteurs fous, des infirmières nymphomanes et des patients survitaminés–si ce n’est cokés. Plus inquiétant encore: il est le sanglant théâtre de meurtres et de résurrections, d’orgies sexuelles et d’opérations chirurgicales pas très orthodoxes, de rites vaudous et de messes noires… Imaginez que Stephen King revisite « Urgences » sous l’œil de la caméra de David Cronenberg, et vous aurez une petite idée de l’ambiance indescriptible qui règne dans cet ovni littéraire résolument déjanté. Toby Litt conjugue terreur, parodie et fantasmagorie pour emporter le lecteur dans un tourbillon dévastateur. Avis aux amateurs de sensations fortes !