Jean de la Ville de Mirmont Les Dimanches de Jean Dézert
Editions Cent pages
183 pages, 12 euros 2008
Dézert
avec un Z,comme dans zigzag, comme la dernière lettre de l’alphabet,
est employé la semaine dans les bureaux du Ministère de l’Encouragement
au Bien (Direction du Matériel), où il attend. Il attend le dimanche,
jour plein et jour de vide.
"Satirique par certaines
extravagances, ce livre est une savoureuse évocation de l'abdication
devant l'existence, sur fond de siècle finissant. Pour Jean Dézert, le
personnage central de ce roman de la non-vie, point d'oasis ni de
salut. Agé de 27 ans, il est employé au ministère de l'Encouragement au
bien (direction du matériel). Sans passé ni futur, il vit le présent
avec l'enthousiasme d'un supplicié. Il loge seul à Paris dans un
appartement au plafond si bas que "des personnes à l'imagination facile
se croiraient, chez lui, dans l'entrepont d'un voilier." Le jour, il
remplit des imprimés, le soir, lorsqu'il ne fume pas, il griffonne son
agenda dans lequel il recense de ridicules faits de rue.
Certaines personnes sont touchées par la grâce, lui c'est par le néant.
"J'ai mal compris la vie, jusqu'ici", admet-il. Ses grands principes,
il les puise dans l'abandon et la résignation : "Lorsqu'on ne peut
apporter à un mal aucun remède, il est inutile d'en chercher". Pour se
distraire de la solitude, le dimanche, le jeune homme s'autorise
quelques sorties en compulsant les prospectus publicitaires : un bain
chaud avec massage par des aveugles, un restaurant végétarien, une
conférence sur l'hygiène sexuelle... Pas de malheur dans ces pages,
juste l'impression d'être inutile, d'être à sa juste place, d'être
invisible au monde. Rien ne fleurit sur cette terre étrangère, même
lorsqu'une promesse de bonheur pointe le nez. Ainsi, comble de
l'absurde, avant leur mariage, la jeune fille remarquera pour la
première fois "sa figure si longue"... et c'est le désastre.
Lointain cousin de Bartleby de Melville, ce Jean Dézert incarne à lui
tout seul toute la tragédie humaine. Sa résistance devant le cours des
événements s'apparente aux frêles gesticulations d'un pantin. Ce livre
est une excellente invite pour se plonger dans les Oeuvres complètes de
ce poète et conteur publiées aux éditions Champ Vallon."
Philippe Savary (Le Matricule des anges, n° 23)
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Jean
de la Ville de Mirmont, né à Bordeaux en 1886, ami de François Mauriac,
est mort au front à Verneuil le 28 novembre 1914 vers trois heures de
l’après-midi. Il est l’auteur d’un cycle de poèmes, L’Horizon
chimérique, mis en musique par Gabriel Fauré en 1921.
« Je travaille toujours, quoique lentement, à mon histoire. Je ne sais
si je la publierai jamais, mais elle m’amuse énormément à écrire. Ce
sera désolant sous son aspect ridicule. (...) Je mettrai là, si je
peux, toute l’horreur des foules dominicales, toute la médiocrité
d’existence des petits employés qui font du patin à roulettes et
assistent aux concours de bicyclettes au bois de Vincennes. Ce ne sera
plus du tout un roman naturaliste, mais une sorte de fantaisie à double
sens sur ces gens dont Cervantes disait qu’ils servent à augmenter le
nombre de personnes qui
vivent. » (Lettre à sa mère, le 3 novembre 1912)
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